Liaisons coloniales Düsseldorf/Dschang – Rhénanie/Grassfield
- Période
- 2015-2018
- Projet triennal
Présentation du projet
Le germaniste camerounais Albert Gouaffo et l’historienne allemande Stefanie Michels initient et codirigent en 2015 un projet iconoclaste intitulé « Liaisons coloniales Düsseldorf/Dschang – Rhénanie/Grassfield ».
Ce projet de coopération scientifique universitaire était porté par deux équipes de recherche, l’une de l’Université de Dschang au Cameroun et l’autre de l’Université Heinrich-Heine de Düsseldorf en Allemagne. Il s’articulait autour de la topographie mémorielle dans le but d’explorer sous un nouveau prisme transnational la mémoire coloniale germano-camerounaise.
La question principale portait sur la réalité des liens coloniaux apparemment effacés entre deux espaces éloignés l’un de l’autre par le temps et la distance, mais dont une observation plus approfondie laissait resurgir les liaisons en filigrane comme des palimpsestes. La réflexion est construite sur des rapprochements, donc des liaisons ou des ponts qui lient les deux espaces de recherche, et qui ne sont pas forcément perceptibles de prime abord, car avec le temps passé, certaines topographies ont perdu leurs vestiges physiques, mais restent ancrées dans les mémoires des vivants.
Objectifs
Le projet visait principalement à :
- Explorer sous un nouveau prisme transnational la mémoire coloniale germano-camerounaise
- Étudier le fait colonial, son impact et sa mémoire dans la Rhénanie allemande et les Grassfields camerounais
- Mettre en évidence les liaisons ou ponts entre deux espaces éloignés
- Ouvrir des perspectives pour la gestion de la mémoire coloniale germano-camerounaise dans son ensemble
- Construire une approche fondée sur des regards croisés et transdisciplinaires
Méthodologie
Pour étudier cette mémoire transnationale et transrégionale, le projet a mobilisé une équipe pluridisciplinaire composée d’historiens, de linguistes, de germanistes et de spécialistes des sciences naturelles et des études culturelles.
La matrice du corpus était constituée d’éléments épars et variés et d’accès difficile, notamment :
- Vestiges architecturaux (bâtiments coloniaux) et écologiques (plantations, arbres, plantes alimentaires)
- Témoignages oraux
- Toponymes (noms de lieux et de rues)
- Archives (documents administratifs, coupures de journaux)
- Photos et tableaux de peinture
- Objets de collections ethnologiques, anthropologiques et de sciences naturelles
- Collections cartographiques (artéfacts, restes humains, plantes, animaux)
- Sources littéraires (récits de vie, fictions littéraires)
En raison du caractère diversifié des données et de la transdisciplinarité du thème, l’approche adoptée était éclectique, combinant des méthodes empiriques de terrain, historiographiques et littéraires, sur les plans quantitatif et qualitatif.
Déroulement :
- Phase exploratoire : cadre théorique, balisage des champs de recherche, collecte des données
- Phase de restitution : présentation des résultats au Cameroun et en Allemagne
Résultats et réalisations
1. Publication scientifique
- Ouvrage collectif (2019) : « Koloniale Verbindungen – Transkulturelle Erinnerungstopografien. Das Rheinland in Deutschland und das Grasland in Kamerun »
- Contribution scientifique majeure sur les topographies mémorielles
2. Activités scientifiques et culturelles
- Atelier de sensibilisation à la mémoire coloniale pour les populations locales à Düsseldorf
- Soirée cinématographique basée sur la critique de films coloniaux (notamment ceux de Paul Lieberenz)
- Conférences dans les universités de Dschang et de Düsseldorf
- Deux expositions avec vernissage :
- Stadtmuseum de Düsseldorf
- Musée des civilisations de Dschang
3. Travaux de terrain et collecte des données
- Descentes dans les rues de Düsseldorf et de Dschang
- Visites dans des musées (Cologne, Mannheim et Dschang)
- Recherches dans les archives et bibliothèques de Düsseldorf
- Excursions dans des lieux de résistance (Fontem)
- Études de trajectoires d’acteurs coloniaux (cas du couple Thorbecke à Bana)
Impact du projet
Le projet a permis de déblayer le terrain de la recherche mémorielle transdisciplinaire au Cameroun et d’ouvrir des perspectives nouvelles. Des résultats obtenus se dessinaient plusieurs tendances :
- ✅ Extension du même type de recherche sur d’autres régions du Cameroun
- ✅ Orientation vers la provenance du butin colonial constituant les collections muséales
- ✅ Réflexion idéologique, éthique et politique sur la restitution des biens culturels et les réparations
- ✅ Promotion de la réconciliation et d’une coopération équitable
- ✅ Ouverture de la voie à d’autres initiatives de recherche et d’exposition sur la mémoire coloniale germano-camerounaise
Coordinateurs scientifiques
- Prof. Dr. Albert Gouaffo – Université de Dschang
- Dr. Stefanie Michels – Université Heinrich-Heine de Düsseldorf
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