Au-delà de la conservation ?
Histoire des spoliations des biens culturels camerounais absents du Cameroun et présents en Allemagne.
DAAD Alumni Event — 18 au 21 août 2026 à l'Institut des Beaux-Arts de Foumban
Par : Prof. Dr. Albert Gouaffo, Dr. Tsangue Douanla Brice, Dre Yrine Matchinda
Université de Dschang (Cameroun)
Résumé de la Table Ronde
De nombreux biens culturels camerounais conservés aujourd’hui dans les musées allemands sont parvenus en Europe, particulièrement dans le contexte de la colonisation allemande du Cameroun entre 1884 et 1916. Objets de pouvoir, sculptures, masques, armes, textiles ou objets rituels, entre autres, ont été collectés selon des modalités diverses, allant de l’échange au pillage en passant par des saisies militaires.
Ces collections constituent de nos jours une part importante du patrimoine absent au Cameroun et présent en Allemagne.
À partir des données publiées dans l’Atlas der Abwesenheit (Atlas de l’absence, Reimer 2023), cette table ronde s’est proposée de retracer l’histoire de ces déplacements et les acteurs, et a réexaminé les principaux lieux de conservation de ces objets en Allemagne, notamment les objets bamoun. L’objectif était de montrer comment les collections camerounaises ont été constituées, comment elles sont conservées aujourd’hui et quelles questions elles soulèvent dans les débats actuels sur le patrimoine culturel camerounais.
La table ronde a articulé également les pratiques de conservation développées dans les musées européens au cours du XXe siècle. Si ces méthodes ont souvent permis d’assurer la préservation matérielle des objets, certaines reposaient sur l’utilisation de produits aujourd’hui considérés comme dangereux pour la santé humaine et pour l’environnement. La présence de résidus de substances toxiques sur certaines collections ethnographiques pose désormais de nouveaux défis en matière de recherche, de manipulation, d’exposition et, dans certains cas, de restitution.
Dans cette perspective, l’histoire des biens culturels camerounais présents en Allemagne invite à dépasser une vision restreinte de la conservation. Préserver un objet ne consiste pas seulement à garantir son intégrité physique. Il s’agit également de documenter son histoire, de comprendre les conditions de son acquisition, de rendre accessibles les connaissances qui lui sont associées et de réfléchir aux conditions d’une gestion durable et responsable des collections patrimoniales.
A. Introduction
La Table Ronde s’est déroulée en trois séquences principales sous le thème : « Au-delà de la conservation ? Histoire des spoliations des biens culturels camerounais absents du Cameroun et présents en Allemagne ».
D’abord, son introduction, son déroulement et la phase des échanges avec le public. L’introduction a consisté essentiellement à présenter les civilités du panel au public avant de rappeler une fois de plus le thème de la communication, tout en définissant les axes d’intervention de chaque intervenant.
Elle a été animée par le Prof. Dr. Gouaffo Albert, le Dr Tsangue Douanla Brice et la Dre Matchinda Yrine Karitou.
Cette Table Ronde s’est clôturée par la visite guidée d’une exposition complémentaire.
Photo 1 : Début effectif de la table ronde de l’Équipe KAM 2, Foumban, le 19 août 2026.
Photo de © Sidoine MBOGNI.
B. Déroulement
Trois interventions ont meublé, selon le découpage du thème central, les interventions.
1 – Intervention du Prof. Dr. Gouaffo Albert
La première intervention dans le déroulement de la Table Ronde a été celle du Prof. Dr. Gouaffo Albert, qui a articulé son propos sur le thème : « Courte histoire des translocations du patrimoine culturel camerounais vers l’Allemagne : Contexte, Mode d’Acquisition, Conséquence de la Spoliation ».
Pour étayer cette thématique, l’intervenant a interrogé comment les biens culturels sont arrivés en Allemagne, en précisant surtout les circonstances de spoliation, tout en insistant sur ce que leur absence signifie aujourd’hui pour les communautés et les enjeux de leur présence en Allemagne, en s’appuyant particulièrement sur les données de L’Atlas de l’Absence, 2023.
Il a été noté que les biens culturels absents du Cameroun et présents en Allemagne ont été prélevés globalement dans un contexte de force généralisée et disproportionnelle, d’une part, et aussi à travers des dons, achats, échanges et butins de guerre, d’autre part, avec l’implication de divers acteurs, notamment les militaires, l’administration coloniale, les marchands et les missionnaires.
Ces spoliations ont conduit à la déflagration ou à la désintégration du tissu social, culturel et spirituel des communautés, ce qui soulève aujourd’hui de nombreux débats sur les enjeux de la restitution ou du rapatriement et de la réhumanisation.
Photo 2 & 3 : Intervention du Prof. Dr. Albert Gouaffo. Foumban, 19 août 2026. Photo de © Sidoine MBOGNI.
2 – Intervention du Dr Tsangue Douanla Brice
Le Dr Tsangue a conduit la seconde intervention sur le thème : « Perspectives camerounaises de conservation du patrimoine avant leur délocalisation ».
Pour mieux articuler son propos, l’intervenant a rappelé le système de production et les fonctions des objets en contexte précolonial avant d’accentuer sur les systèmes précoloniaux de conservation.
De manière globale, il a été noté que la plupart des objets avaient des biographies — naissance, vie, mort, succession — et n’étaient donc pas considérés comme de simples objets voués à la contemplation de leur architecture esthétique, mais comme des sujets de la vie communautaire.
La production allait donc généralement de la commande par les Rois et Notables à la conception, en passant par le choix rigoureux des essences et matériaux (bois, ivoire, métal, perles) à l’activation ou à la réactivation de l’objet par les initiés en lui insufflant une force vitale afin de le revêtir des compétences d’un sujet social.
Ainsi, l’objet recevait l’onction de remplir des fonctions politiques, rituelles ou religieuses et sociales.
La communication a aussi permis de comprendre que la conservation était envisagée à partir de la matière première de production. Par ailleurs, la conservation se faisait davantage par le rituel et l’usage (libations et enduits sacrés, le renouvellement cyclique et la manipulation permanente) et aussi et surtout à travers les cases sacrées (palais royal, cases des notables, cases familiales/communautaires) et sanctuaires, les grottes et les forêts sacrées et par la transmission dynastique (héritage, succession).
Photo 4 : Intervention du Dr. Tsangue Douanla Brice de l’équipe Kam 2, Foumban, 19 août 2026.
Photo de ©Sidoine MBOGNI.
3 – Intervention de la Dre Matchinda Yrine Karitou
La troisième intervention de la table ronde a été animée par la Dre Matchinda sur le thème : « De la délocalisation et ses conséquences en Allemagne ».
En s’appuyant sur les résultats publiés dans L’Atlas de l’Absence (2023), l’oratrice a montré particulièrement les trajectoires et les lieux de conservation des biens culturels camerounais sur un échantillon des musées allemands.
Il a été constaté que certains biens culturels ont transité par les collections privées des marchands, militaires et même missionnaires avant de se retrouver dans les musées par rétrocession ou par achat.
En Allemagne aujourd’hui, on n’est jamais assez loin d’un bien culturel camerounais car, il est possible d’en retrouver tous les 5 km dans un musée.
Par ailleurs, l’intervention remarque que la conservation de ces biens en Allemagne induit leur absence (physique, documentaire, scientifique, culturelle, spirituelle, sociale) au Cameroun contre leur musèlement ou leur enfermement dans des environnements dénaturés et toxiques des musées allemands.
Photo 5 : Intervention du Dr. Matchinda Yrine Karitou de l’équipe Kam 2, Foumban, 19 août 2026. Photo de ©Sidoine MBOGNI.
C. Phase des échanges
Cette dernière intervention a ouvert la voie à la phase des échanges.
Après de vives acclamations au terme des présentations, toutes les interventions subséquentes ont porté davantage sur les témoignages élogieux sur les contenus délivrés par la Table Ronde, notamment les informations sur le contexte de production et de spoliation des objets, les acteurs de la spoliation et surtout leur conservation en contexte précolonial et en Allemagne aujourd’hui.
De même, les questions posées en plus des renchérissements adressaient sensiblement l’objectivation (Occidentale) et la subjectivation (précoloniale) des objets.
Par ailleurs, la question sur les enjeux économiques, culturelles et patrimoniaux de la restitution a été amplement discutée.
Toutefois, toutes les questions posées ont reçu des réponses mesurées dans le temps imparti pour consacrer une part belle à la phase de la Visite Guidée.
D. Visite Guidée de l’exposition
La table ronde a été suivie d’une exposition guidée mettant en lumière, une fois de plus, quelques exemples cartographiés de biens culturels camerounais conservés en Allemagne, les acteurs de la spoliation et de la translocation, leurs trajectoires historiques, les lieux de localisation en Allemagne et les enjeux contemporains liés à leur conservation actuelle et la restitution.
La première phase de l’exposition a articulé le contexte géographique du territoire Kamerun et Allemand de l’époque coloniale et notamment la présence coloniale allemande au Kamerun.
Photo 6 & 7: Visite guidée de l’exposition conduite par le Dr Tsangue Douanla Brice, Foumban, 19 août 2026. Photo de ©Sidoine MBOGNI.
La seconde phase était axée sur les expéditions punitives, les acteurs de la spoliation et les lieux de conservation en Allemagne et les différents foyers de demandes de restitution.
Photo 8 & 9 : Visite guidée de l’exposition conduite par le Dr Matchinda Yrine Karitou Foumban, 19 août 2026. Photo de ©Sidoine MBOGNI.
Photo 10 : Photo de famille à l’entrée du stand d’exposition, Foumban, 19 août 2026.
Photo de ©Sidoine MBOGNI.
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